Conclusion
[section précédente] [sommaire] [section suivante]
Rishikesh se tient à lintersection de deux mondes. C'est là que le Gange - Ganga Ma, mère des civilisations hindoues - quitte les contreforts de lHimalaya pour se déverser dans la plaine. Mais Rishikesh est aussi le point de jonction entre deux modes dagriculture. Ici, la monotone régularité des grandes parcelles irriguées de la plaine cède la place aux terrasses des vallées encaissées qui offrent une surprenante diversité de terroirs. Et c'est justement pour réagir au remplacement progressif de ces cultures vivrières par des cultures monovariétales que des paysans ont crée Beej Bachao Andolan - Save the Seeds Movement -, là tout près de Rishikesh dans les collines de Garwal. Car ces variétés naines de riz à haut rendement, qui ont déjà supplanté dans la plaine les variétés traditionnelles, accentuent la dépendance des petits agriculteurs aux intrants sans répondre aux besoins des sociétés rurales des montagnes pour une production alimentaire régulière et variée.
Depuis plusieurs années, le mouvement pour la conservation des variétés locales saffirme. Sa philosophie se répand de village en village à travers la chaîne de lHimalaya. Et le mouvement descend maintenant vers la plaine où le miracle de la Révolution verte ne peut plus faire illusion auprès dune petite paysannerie exsangue. Les variétés homogènes à haut rendement épuisent les sols et exigent une utilisation accrue dintrants chimiques - produits phytosanitaire et engrais - que la grande majorité des agriculteurs ne peuvent plus acheter. La pression économique est telle quelle provoque une recrudescence de suicides parmi les agriculteurs surendettés, dont la presse indienne a largement fait écho ces derniers mois . Le message de Save the seeds parvient aux organisations paysannes des plaines alors que pointe à lhorizon lavènement dune nouvelle ère : celle des OGM, censée remplacer et dépasser dans ses performances la Révolution verte. Par ce quelles impliquent dans leur outrance, les variétés transgéniques accélèrent cette mobilisation. La rencontre de Rishikesh a servi à catalyser les éléments dune réflexion collective intercontinentale sur le devenir des agricultures paysannes face à limpact des nouveaux produits du complexe génético-industriel, au moment où, pour la première fois en Inde, des champs dessais de coton transgéniques de Monsanto ont été détruits et brûlés dans le Karnataka.
La rencontre internationale " Biodiversité, droits des communautés rurales et implications des organismes génétiquement modifiées " de Rishikeh a produit une déclaration finale. Comme toutes les recommandations énoncées dans une déclaration solennelle, celles de Rishikesh peuvent paraître abruptes, car elles sont censées, par un message synthétique, alerter le plus grand nombre. A certains, elles pourraient aussi sembler péremptoires ou arbitraires, produites par des ignorants, des passéistes refusant le progrès, des utopistes. Aussi nous sommes-nous employés à dérouler le fil des discussions et à rassembler les arguments qui nous ont conduit à adopter chacune des recommandations qui forment le corps d'une position consensuelle, pétrie des expériences, des réflexions et des références dacteurs engagés dans le monde entier.
Les recommandations font ainsi valoir que la défense des agricultures paysannes doit prendre en compte cinq principes essentiels par rapport à la Révolution OGM :
Lénoncé des principes, la force de la conviction, la dénonciation ne sont pas suffisants. Lurgence est dans la mise en uvre de moyens daction pour agir globalement sur la loi dans la logique des débats démocratiques. C'est pourquoi les participants au séminaire de Rishikesh insistent sur les points suivants :
6 - Les organisations citoyennes à travers le monde demandent larrêt du processus enclenché sur la diffusion des OGM dans lagriculture et lenvironnement en exigeant un moratoire pour permettre un véritable débat public. Celui-ci est déjà amorcé à léchelle de plusieurs pays mais demande à être généralisé.
7 - Dans les négociations internationales sur le réexamen de laccord sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce (ADPIC), qui se déroulent dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), se joue la généralisation du droit américain de breveter les êtres vivants issues des biotechnologies. Lappropriation privée des gènes et des organismes vivants génétiquement manipulés marque l'abandon du vivant aux mains de quelques multinationales avec tous les risques d'hégémonie commerciale qui en découlent. La communauté internationale doit donc utiliser son droit dexclure de la brevetabilité les végétaux, les animaux et les procédés biologiques pour protéger lordre public ou la moralité.
8 - En revanche, il est essentiel de pouvoir développer dans les accords internationaux sur le commerce, des systèmes sui generis de protection des droits de propriété reconnaissant les droits des communautés agricoles sur les ressources génétiques qu'elles entretiennent. Cette reconnaissance est en parfait accord avec les objectifs de la Convention sur la diversité biologique à laquelle la plupart des pays ont adhéré.
Parce que le brevetage du vivant représente une menace mondiale parce que les multinationales ignorent les frontières, les citoyens du Nord et du Sud doivent apprendre à agir, eux aussi, en citoyens du Monde. La richesses des échanges entre observateurs de différents continents invite à multiplier les espaces internationaux de discussions comme celui de la rencontre de Rishikesh. Là se confrontent les approches de plusieurs sociétés sur une révolution vécue aux quatre coins de la planète comme une menace pour les paysans. Là se définissent des stratégies de réponse à des questions d'une grande complexité. Là s'élaborent des positions communes sur des questions éthiques qui, par leur universalité, dépassent les différences et rassemblent les cultures dans un combat commun : la défense du vivant qui, pour tous ces citoyens du monde, reste le bien commun de l'Humanité.
[section précédente] [sommaire] [section suivante]