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Protection et usages
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| Pourquoi associer la conservation des ressources vivantes actuellement menacées à leur utilisation? Pourquoi cette association est-elle non seulement désirable, mais aussi incontournable si l'on se donne pour objectif de léguer aux générations futures la palette la plus étendue et la plus colorée possible de diversité biologique ? Tout d'abord, parce que l'enjeu premier n'est pas la conservation pure et simple des ressources, mais bien la préservation et la reproduction de la relation fragile qui lie les sociétés humaines à leur milieu naturel et à leurs ressources. Pour chaque société, il s'agit de préserver les bases et l'organisation sociale de la survie. Pour remplir ce contrat, les humains ont immanquablement recours aux ressources qui les entourent, et qu'ils ont appris à utiliser et à gérer. Là où les modes de gestion ont perdu la capacité de se reproduire de façon durable, là où les ressources s'effritent, se perdent, la mise en place des programmes de conservation dénués de tout contenu social a quelque chose d'illusoire. La conservation ex situ des ressources génétiques s'est pourtant développée selon la logique qui consiste à sauvegarder avant qu'il ne soit trop tard. Des collections de variétés locales de plantes cultivées se sont ainsi constituées dans les années 60. Certes, ces banques de gènes ont permis de conserver des ressources génétiques de grand intérêt pour l'agriculture, et de procurer aux améliorateurs la variabilité génétique dont ils ont besoin. Mais on se rend compte aujourd'hui que ce mode de conservation est limité. L'attrait de la conservation in situ ne réside pas dans le simple fait de la conservation des espèces animales ou végétales par la préservation de leurs écosystèmes. Dans le domaine de l'agrobiodiversité, ce mode de conservation signifie aussi: reconnaître la pertinence des pratiques traditionnelles, et laisser aux agriculteurs le choix de leur sécurité alimentaire. La conservation in situ permet de privilégier la gestion locale des ressources, de favoriser leur utilisation grâce à l'amélioration génétique, à l'étude de filières pour des nouveaux produits et à la valorisation économique des espèces sous-exploitées. Donner une valeur économique aux ressources qui ont été jusque ici gérées avec négligence (certaines essences d'arbre, les ressources aquatiques, des écosystèmes prisés pour leur valeur esthétique...) est certainement l'un des outils de conservation les plus performants, pourvu qu'il soit développé avec créativité. Les ressources génétiques sont amenées à jouer un rôle important dans le commerce international. Echangées sous forme de variétés, de bactéries, d'espèces, transformées en médicaments, en produits cosmétiques, en aliments, parfois modifiées dans leur structure génétique, les ressources vivantes font déjà l'objet d'un fructueux commerce. Des standards se sont d'ailleurs déjà mis en place dans le domaine 'commerce et environnement' pour réglementer la vente de produits issus, par exemple, d'organismes génétiquement modifiés. La recherche scientifique a permis de nombreuses avancées dans le domaine de l'amélioration génétique, notamment grâce à la mise en oeuvre de moyens importants, et d'une centralisation aux allures peu démocratiques. Peut-être est-il nécessaire de rappeler ici qu'une avancée dans un secteur est souvent associée à la mise en veille d'autres agendas de recherche. Ainsi, l'érosion génétique liée à l'industrialisation de l'agriculture n'alarmait que peu de chercheurs dans les années 60, et les savoirs indigènes n'éveillaient que peu d'intérêt. Aujourd'hui, plus peut-être encore qu'hier, la recherche scientifique se trouve face à d'importants défis. La privatisation de la recherche n'en est pas des moindres, et celle-ci appelle à une vigilance concertée de la part de la communauté scientifique mais aussi des citoyens. De nouvelles biotechnologies sont en train de voir le jour, et comme toutes les outils de ce type, elles sont sujettes à des questions d'accès et de contrôle: qui les utilisera, et à quelles fins? Les risques liés à l'utilisation du génie génétique étant loin d'être pleinement maîtrisés, l'observation de principes découlant de la biosécurité doit primer. Enfin, la concertation de la communauté scientifique avec les autres acteurs de la biodiversité - communautés rurales, ONG, collectivités territoriales... - doit se développer pour une plus grande cohérence régionale et globale dans la gestion des ressources vivantes, et pour une conciliation entre les objectifs globaux de la préservation de la diversité biologique et les intérêts des populations rurales. | |
Bibliographie :