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Nouvelles de BEDE : thèmes abordés

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Les nouvelles de BEDE, printemps 2009


édito

Chemin faisant, chemin cueillant…
Cette année encore, nous avons suivi des aventures paysannes passionnantes, en Afrique de l'ouest, au Maghreb, en France… Au Sénégal, où vient de se dérouler une foire des semences paysannes organisée par l'Association Sénégalaise des Producteurs de Semences Paysannes, réunissant des paysans de toute la sous région, initiative qui montre les prémisses d'une vraie alternative ou résistance à la nouvelle révolution verte rêvée pour l'Afrique.
Au Maghreb, où en Kabylie, les habitants d'un village se remettent à cultiver avec l'espoir de continuer à faire grandir leurs enfants, ici et pas en ville.
En France enfin, où nos amis du Réseau Semences Paysannes font vivre avec passion les semences paysannes dans leurs champs.
Les échanges continuent et les routes se croisent ici aussi dans le Minervois, où un projet de soutien à deux paysannes émerge, porté par une nouvelle association qu'elles ont créée "Chemin cueillant". Presqu'en même temps, BEDE m'a offert la possibilité de retrouver aussi cette région en télétravaillant depuis début mars. Cette fois-ci, je prends donc moi-même le chemin vers la campagne… Mais ici les chemins croisent aussi la route du vin, et il est bon de se souvenir que la vigne utilise à elle seule 25% des pesticides en France pour 5% des terres cultivées ! Le nouvel air pur de la campagne, pas si pur que ça !
L'équipe de BEDE a quitté le bureau une journée en février et est allée aider à planter 300 amandiers à Lou traversan chez Cécile, jeune agricultrice de "Chemin cueillant", qui souhaite reconvertir sa vigne en AB et diversifier sa production.
Armés de nos pelles, de nos stylos, de nos caméras et de nos sourires, nous avons toujours plus de plaisir à soutenir ces communautés paysannes, porteuses de vrais projets de société. Merci à toutes celles et ceux qui y contribuent et à bientôt sur les chemins…
Nathalie Ramos, chargée de mission BEDE


Rencontres internationales de la société civile sur le BANG

ou “La convergence des technologies à l’échelle nano”

BEDE, en collaboration avec ETC group, la Fondation Sciences citoyennes (FSC) et l'Institut What Next, issu de la fondation suédoise Dag Hammarskjöld, a pris en charge l'organisation d'un séminaire international sur la convergence des technologies du BANG qui a eu lieu à Montpellier du 22 au 26 novembre 2008.


La convergence des technologies qui utilisent les sciences de l'information, les assemblages atomiques à l'échelle nanométrique, les sciences cognitives et les biotechnologies, a été désigné par le terme de petit 'BANG' (Bits, Atomes, Neurones, Gènes). Il s'agit d'une manipulation de la matière à l'échelle des atomes et molécules. Plusieurs raisons expliquent que BEDE s'intéresse à ce nouveau domaine, inscrit depuis quelques mois dans son programme de 'Veilles et coalitions sur la gouvernance du système alimentaire'. D'une part, l'accélération d'initiatives d'artificialisation des systèmes vivants et alimentaires par des solutions technologiques inadaptées et nuisibles, d'autre part la concentration des moyens et des contrôles entre les mains d'une poignée d'industries, et enfin la quasi-absence de débat public dans les pays francophones sur les enjeux de cette révolution. C'est pourquoi la première initiative de BEDE a été d'organiser, en clôture du séminaire international, un forum public "Sciences et société sur le 'BANG' des nanotechnologies" à l'Université des Sciences de Montpellier. BEDE a assuré l'articulation du séminaire BANG de Montpellier avec le Forum Social Mondial Sciences et démocratie de Belem (Brésil) en février 2009 en contribuant avec ETCgroup et FSC à la tenue d'un atelier sur les technologies émergentes. Ce forum a réuni scientifiques et citoyens autour d'un dialogue sur la nécessaire prise en compte de l'existence d'une diversité de types de production de connaissances, incluant aussi bien connaissances scientifiques que connaissances issues des communautés locales. Indépendance de la connaissance vis à vis des intérêts du marché et des profits corporatifs et nécessaire démocratisation des institutions scientifiques ont été au cœur du débat. Ces deux jours entiers de discussions intensives et fructueuses, réunissant plusieurs centaines de personnes, ont abouti à une déclaration commune.
(http://fm-sciences.org/spip.php?article373)


Le développement des technologies 'BANG', semble au centre de la réponse des gouvernements à la convergence des crises. Mais ces technologies centralisées, à forte utilisation de capital et contrôlées par une poignée d'entreprises, perturbent les équilibres écologiques complexes : elles font partie du problème, pas de la solution. Les technologies du 'BANG' nous exposent à de nouvelles menaces et à des dangers très mal compris même par les scientifiques, et que les sociétés et les gouvernements sont peu aptes à gérer. Les technologies ne sont pas neutres, ni dans leur conception ni dans leurs effets. Et la convergence des crises devrait représenter une opportunité pour transformer et démocratiser la science et la recherche technologique.


Référence :
“Bang ou la convergence des technologies - Nanotechnologies et artificialisation du vivant"

BEDE, en collaboration avec ETCgroup, FSC et What Next Institut - A paraître en juin 2009.
Informations sur le séminaire :
www.bangseminar.org


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Comment les réglementations internationales sur les semences affectent les droits fondamentaux des paysans

Le mouvement qui porte la renaissance des variétés paysannes se développe rapidement avec la conscience, de plus en plus généralisée chez les professionnels de l’agriculture comme dans le grand public, de la nécessité de revenir aux pratiques de culture agro-écologiques. Ce mouvement doit faire sa place dans un environnement économique et réglementaire difficile, voire hostile, façonné depuis des décennies par des politiques agricoles productivistes subventionnant la mise au point de variétés répondant aux seuls besoins de l’industrie.


Au fil des années, une toile réglementaire d’une complexité inouïe s’est tissée autour des semences et des organes de reproduction des plantes, enserrant les agriculteurs dans une gangue de décrets, de lois, de directives et de conventions les dépossédant de toute capacité de comprendre et de participer aux discussions sur des règlements qui affectent leurs droits à produire, multiplier, utiliser, échanger, commercialiser les semences des plantes qu’ils cultivent dans leurs propres champs. Et alors que le marché se globalise et que la concentration industrielle consolide le monopole de l’économie agroalimentaire aux mains de quelques multinationales, le carcan réglementaire des pays industriels s’étend à tous les pays de la planète.


Comment les réglementations internationales affectent-elles les semences paysannes ? Comment les droits des paysans sur leur semence, fondement de la souveraineté alimentaire, sont-ils menacés ? C’est ce qu'un dossier co-produit par BEDE et le Réseau Semences Paysannes se propose d’éclairer.


Le dossier a été conçu comme un outil. Il est le résultat de discussions qui ne sont pas encore abouties au sein du Réseau Semences Paysannes, et qui vont probablement encore évoluer. Comme les variétés paysannes, ce dossier « Semences et droits des paysans » n’est donc ni homogène, ni stable... Il apporte une diversité d’informations suffisamment structurées pour servir de clés de lecture pour les enjeux d’aujourd’hui aux communautés d’usagers des semences paysannes, que se soient les agriculteurs, les jardiniers, les pépiniéristes, les artisans semenciers, les transformateurs (boulangers, pastiers, cuisiniers…), les chercheurs, les parcs naturels, et les associations de consommateurs. Si les questions techniques et juridiques sont parfois difficiles, elles ne sont pas inabordables. Les questions complexes qui y sont abordées peuvent l’être par différents niveaux de lecture et certaines sont développées d’un chapitre à l’autre. Chaque chapitre peut être lu séparément, cependant c’est l’articulation des enjeux présentés dans les différents chapitres qui révèle les subtilités du verrouillage juridique. L’analyse porte surtout sur la situation dans l’Union européenne, mais la plupart des exemples sont issus du registre français, qui est l’un des plus contraignants et des plus influents, en Afrique francophone notamment. Nous espérons que ce dossier permettra de les mettre à la portée du plus grand nombre pour aider à la participation de tous aux débats réglementaires sur les semences, et à l’orientation des actions à mener pour recouvrer les droits fondamentaux d’usage des semences qui ont été confisqués.


Référence :
“Semences et droits des paysans. Comment les réglementations internationales affectent les semences paysannes.”

Dossier pour un débat.
BEDE, RSP (Réseau Semences Paysannes) - A paraître en juin 2009.


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Le renouveau de la traction animale en Kabylie

Rémi Serres, paysan à la retraite, membre fondateur de l'AAAACG (Association des ancien appelés d'Algérie contre la guerre) et de l'association PROMMATA (promotion du matériel moderne à traction animale) a accompagné Nordine Boulhaouat (chargé de mission à BEDE) et Jo Ballade (formateur de Prommata) dans le village de Tazla (et à Tiniri, village voisin) en Algérie en décembre 2008 pour les assister dans un programme de démonstration et de formation sur la traction animale.


BEDE travaille avec les habitants du village de Tazla (Kabylie) et une famille de Tiniri depuis plusieurs années sur la valorisation de la biodiversité locale et les accompagne dans leurs projets qui ont tous un même objectif, arrêter l'exode rural et la désertification de leur village en développant des activités permettant aux familles d'y rester et d'y vivre. Une association locale s'est créée à Tazla et plusieurs actions ont commencé à s'organiser : tri sélectif et recyclage des déchets, achat d'un bus de ramassage scolaire, barrières électriques contre les sangliers, travaux d'adduction de l'eau, etc.
Cette première formation au travail de la terre avec la "kassine" tirée par des animaux de trait entre dans le cadre de cet accompagnement au renforcement d'une agriculture adaptée aux conditions du relief et aux pratiques agroécologiques.


« Mercredi 10 : Il faut montrer la machine, les gens sont là et veulent voir cette nouveauté. Nous cherchons un peu pour assembler ce kit. Moi même, je l'avais toujours vu monté mais jamais en pièces alors nous avons cherché ensemble et c'était plutôt amusant. […]
Il est déjà tard dans l'après-midi mais il faut essayer cet outil. Deux mules dressées devaient nous attendre, mais on n'a pas du se comprendre tout à fait. On va s'adapter. On amènera un jeune mulet - pas question de l'approcher de cette machine rouge, ni le chuchotement à l'oreille, ni le fouet ne réussiront à approcher la bête de l'outil. Mais il y a un petit âne, pourquoi pas, on essaye. Mal harnaché et vraiment trop petit, mais il a la bonne volonté et nous réussissons à faire 3 à 4 sillons. Nous ferons mieux demain.


Jeudi 11 : Nous allons essayer avec les deux mulets, l'un dressé, l'autre pas. Les deux bêtes se donnent confiance et nous arrivons à les atteler à la française. Un timon pendu au cou des mulets, les bêtes ont belle allure. Le mulet pas dressé qui ne voulait pas approcher de cette machine rouge n'a plus peur. Sur nos conseils, les villageois l'ont fait dormir près de la machine. Il a vu que ce n'était pas dangereux.
Les deux paysans ont le sourire, ils sont fiers. Le courant passe, les paysans découvrent la machine, c'est mieux que l'araire.
Jusqu'à présent, les villageois ne connaissent que le travail à la main et un peu l'araire et surtout pour eux, le labour est indispensable. Nous essayons d'expliquer que peut-être la sous-soleuse et les sillons perpendiculaires à la pente seraient mieux que le labour. A notre avis, il y aurait moins d'érosion et l'eau, à la saison des pluies, s'infiltrerait davantage. La kassine n'est pas une araire améliorée mais un outil qui peut permettre de changer les façons culturales et par là même la vie d'un village.


Mardi 16 : A Akbou, où une centaine de personnes se sont réunies dans la salle de la mairie, en présence de représentants de la Chambre d'agriculture et de la DDA, nous passons le film sur Promata et sa kassine.
"Nous ne venons pas ici pour faire du business, nous sommes là pour vous proposer un prototype qui peut peut-être soulager votre labeur. A vous de l'adapter et de le diffuser si vous y trouvez votre compte ; et si cette machine peut mettre ou remettre un peu plus d'amitié entre paysans et entre hommes, se sera encore mieux". Et là la salle a applaudit très fort, le mot Amitié a déclenché plus d'enthousiasme que la machine elle-même. […] »


Référence :
“Notes de voyages en Algérie”
Rémi Serres - décembre 2008
Voir les notes de voyages complètes


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La semence au cœur des préoccupations des paysans africains

En février 2009, l'Association sénégalaise des producteurs de semences paysannes (ASPSP) et BEDE ont organisé au Sénégal une visite d'échanges entre paysans et jardiniers de différents pays d'Afrique de l'ouest et de France sur la sélection et la conservation des semences de cultures potagères. La tenue de la foire des semences paysannes organisée à Djimini en Haute Casamance a été le point culminant de cette série d'échanges.
Des délégations de toutes les régions du Sénégal et de différents pays de la sous-région (Mali, Niger, Bénin, Togo, Guiné-Bissau, Gambie) étaient représentées. L'organisation d'ateliers a permis de faire débattre dans les différentes langues locales (wolof, mandinka, poular) sur les enjeux de l'agriculture paysanne africaine (privatisation des semences, OGM, agrocarburants, foncier...).
Ainsi les participants ont souligné que la menace centrale pour la souveraineté alimentaire se concentre aujourd'hui sur la terre et l'eau ; les terres potentiellement irrigables font l'objet de tractations importantes entre l'Etat et des compagnies étrangères qui souhaitent investir soit dans une production alimentaire pour l'exportation, soit le plus souvent dans la culture d'agrocarburants, en particulier le jatropha, pour produire de l’agrodiesel. Par ailleurs, la privatisation du secteur semencier s'installe lentement avec de nouveaux cadres législatifs régionaux qui excluront bientôt les variétés paysannes et le libre accès des agriculteurs à leurs semences. Les lois (catalogue régional, droits de propriété intellectuelle) qui n'ont jamais été discutées avec le monde paysan sont en phase transitoire de mise en œuvre dans une opacité mêlant ignorance, incompétence et manipulation. Plusieurs demandes de droit d'obtention végétale ont été déposées à l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), dont certaine par Tropicasem filiale de la firme semencière française Technisem, sur des variétés paysannes potagères connues, comme le célèbre oignon Violet de Galmi, du nom de la commune du Niger dont il est originaire. A Thiès, Djimini, Kayes et Bamako, nous avons débattu sur le cas de l'oignon violet de Galmi, qui devient le symbole d'une campagne contre la biopiraterie conduite par la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN) du Niger et que BEDE accompagnera.


Comment les anciennes civilisations agraires africaines voyaient la semence, par Abdoulaye Sarr, Président du Gadec et Président de Prabioc
Les mythes Dogon, Bambara et Sérère convergent pour faire de la graine d'Acacia albida l'intermédiaire de la création du premier monde concernant l'origine de la vie. En effet l'énergie vitale insufflée à la graine d'acacia par le Créateur a joué un rôle important dans la transmission de la vie. Depuis lors l'Acacia albida, selon nos traditions, est devenu l'arbre de la fécondité pouvant communiquer ses vertus par son propre symbolisme, à la naissance comme à la mort. Il est curieux de constater que cette espèce est jusqu'ici, grâce à son cycle inversé, la cheville ouvrière de l'agriculture et de l'élevage du paysan sérère. Par contre, la graine de fonio est considérée comme la source de vie dans la seconde et nouvelle création du monde pour les Dogons du Mali. Et dans cet élément si petit que constitue la graine de fonio, appelé Po, il y aurait un élément encore plus petit, mais important: la vie. Or la vie provient, pour les mythes de l'Afrique profonde, de la transcendance qui anime et renouvelle sans cesse les énergies du cosmos, elle en est sacrée. Tout en demeurant l'objet d'une expérience humaine et spirituelle, le sacré est ce qui nous dépasse, et peut devenir redoutable et nuisible pour celui qui s'amuse avec l'ordre intime et secret des choses du monde. Des mythes et des légendes de l'Afrique des origines abondent dans ce sens, pour évoquer des abus de pouvoir ayant provoqué des désordres dans les temps originels. C'est pourquoi dans le cadre de l'agriculture traditionnelle les opérations culturales sont accompagnées par les rites d'inauguration: fêtes de prédication, chasse sacrée, des libations à l'esprit des ancêtres. "Ngam jam, o yas jam ; pluie dans la paix, semailles dans la paix” est la première parole du paysan sérère puisque dans sa pensée, la semence est un don de Dieu qui contient les forces vives de l'univers.


Référence :
Caravane paysanne et foire des semences au Sénégal
ASPSP, BEDE - mars 2009
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