Atelier et Foire des Semences Paysannes (Niamey, Niger, 4-7 avril 2018)

La plateforme agro-écologique Raka Karkara du Niger a organisé un Atelier suivi d’une foire-exposition sur les semences paysannes à Niamey au Niger du 4 au 7 avril 2018, avec le soutien financier et technique de SWISSAID Niger, COSPE Niger, CISV et BEDE.

L’objectif était de contribuer à éclairer les Organisations de la société civile et les Organisations paysannes sur les enjeux liés aux semences en matière de réalisation du droit à l’alimentation et à la souveraineté alimentaire.

L’atelier a offert des espaces de concertation entre les organisations paysannes et les institutions nigériennes.

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DÉCLARATION DES PARTICIPANTS DE L’ATELIER SUIVI DE LA FOIRE SUR LES SEMENCES PAYSANNES, Niamey (Niger) 2018

“Nous, représentants et invités des pays du Bénin, du Burkina Faso, de la France, de la Guinée Bissau, du Mali, du Tchad, du Togo, de la Suisse, de l’Italie et de toutes les huit (8) régions du Niger réunis à Niamey, du 04 au 07 Avril 2018, dans le cadre de l’organisation de l’atelier suivi de la foire portant sur les enjeux liés aux semences paysannes.
Convaincus que les OGM, les hybrides et les semences protégées ont des effets néfastes sur les semences paysannes et nos vies car elles rendent toute une population dépendante et ont la capacité d’envahir les variétés locales et les faire disparaitre ;
Conscients des stress et chocs climatiques et du développement massif et incontrôlé de modèles agricoles favorisant l’utilisation abusive des produits chimiques ;
Conscients des enjeux liés aux semences et de ses liens évidents avec le droit à l’alimentation et à la souveraineté alimentaire dans les réalités socioculturelles et économiques des pays ;
Conscients de l’expertise avérée des paysans et paysannes dans le domaine de la sélection de semences locales ;
Nous rappelons que les semences paysannes constituent une altérative pour l’avenir en ce sens qu’elles sont mieux adaptées que les variétés commerciales pour résister aux chocs climatiques ;
Nous reconnaissons le pouvoir absolu de l’agro écologie et des semences paysannes à nourrir toute une population en garantissant une indépendance et une autonomie des paysans ainsi qu’une souveraineté alimentaire ;
Nous considérons le rôle déterminant et crucial que jouent les paysannes dans la sélection et comme gardiennes des systèmes semenciers.

La semence fait partie de notre tradition, elle constitue notre identité, elle contribue à l’autonomie de nos systèmes agricoles. Sans semence, pas de vie. La vie est semence et la semence est la vie éternelle.

Malgré les richesses, les savoir-faire et les potentialités des pratiques et la durabilité des systèmes agricoles des communautés paysannes, nous constatons :

  • Une faible consultation des communautés paysannes dans la définition des politiques, des lois et règlements relatifs aux semences mais aussi dans la recherche, les programmes sur les semences agricoles et les systèmes semenciers en général ;
  • La non application effective du Traité international sur les plantes (TIRPAA) qui reconnait les droits des agriculteurs (article 9) et l’utilisation durable de la biodiversité cultivée (article 5 et 6) puisqu’ il n’est pas mis en œuvre par nos États.

Pour ce faire, nous, Organisations Paysannes (OP), Associations et ONG de développement, Organisations de la société civile, Institutions de recherche et de formation qui œuvrent pour la promotion d’un monde rural juste et solidaire où l’agro-écologie paysanne nourrit la population entière nous engageons à :

  • Promouvoir l’agro-écologie paysanne et les semences paysannes en particulier ;
  • Développer des synergies et alliances avec les OP et les acteurs engagés pour la même cause en Afrique et dans le monde entier ;
  • Institutionnaliser les foires aux semences paysannes au niveau local, national et régional pour préserver la biodiversité cultivée.

A l’issue de l’atelier suivi de la foire, nous formulons des recommandations suivantes :

A l’endroit des États et Gouvernements :

  • De faire respecter les droits des agriculteurs à réutiliser, multiplier et échanger les semences ;
  • De mettre en œuvre les droits des agriculteurs selon le Traité international sur les ressources phytogénétiques (TIRPAA) pour l’alimentation et de l’agriculture connu sous le nom de Traité sur les semences applicable depuis 2004 ;
  • De prendre leurs responsabilités pour servir l’intérêt général et non les intérêts de particuliers en cautionnant l’intervention des multinationales qui privatisent les semences ;
  • De mener des consultations transparentes, publiques et décentralisées avec les communautés paysannes avant d’engager toute politique, loi et programme relatifs aux semences et à l’agriculture en général ;
  • De protéger nos semences paysannes de la bio piraterie et des droits de propriété intellectuelle ;
  • D’ouvrir un large débat sur les OGM afin que l’information réelle soit partagée et connue de tous ;
  • De créer un cadre réglementaire sur la biosécurité ;
  • De promouvoir l’agriculture familiale qui est faite de diversité, de renforcement de l’autonomisation des communautés paysannes, et de la restauration des écosystèmes et de la fertilité des sols.

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