Gestion agroécologique de la fertilité des sols
en Minervois
(Languedoc-Roussillon,
France)

Dans le Minervois, la démarche visant le développement d’autonomies paysannes dans un cadre agro-écologique a amené BEDE et ses collaborateurs locaux de l’association Chemin Cueillant à s’intéresser à la gestion durable de la fertilité des sols, pilier central de l’agro-écologie.
Bien que BEDE milite généralement dans le sens d’échanges entre paysans locaux pour partager des savoir-faire adaptés aux terroirs, cette démarche a nécessité d’aller chercher plus loin des alternatives techniques. Des approches agroécologiques innovantes existent qui vont bien plus loin que des pratiques biologiques ou ancestrales, parfois peu appropriées et ne pouvant répondre assez efficacement aux défis posés par des sols appauvris comme jamais auparavant, des plantes affaiblies par une sélection inadéquate, et une pression parasitaire accrue.

Etat des sols : un constat désastreux…

…fruit des pratiques passées
Dans le Minervois, comme dans une grande partie du Languedoc soumis à l’intensification des pratiques viticoles, la fertilité a trop souvent été abordée dans une optique de productivité à court terme. Des engrais chimiques (Azote (N), Phosphore (P) et Potassium (K)) étaient le plus souvent appliqués annuellement aux cultures, permettant de maintenir un haut niveau de production malgré une dégradation progressive de la matière organique (humus) des sols par minéralisation naturelle particulièrement rapide dans le climat méditerranéen.
Le Minervois, presque exclusivement viticole depuis longtemps, fait partie des territoires aux taux de matière organique les plus faibles de la région.
De plus, l’apport massif de pesticides de synthèse, mais aussi le cuivre qui constitue un fongicide puissant, a contribué à la raréfaction de nombreuses formes de vie du sol (insectes, vers, micro-organismes…). La quasi disparition des vers de terre dans de nombreuses parcelles reprises par des agriculteurs de Chemin Cueillant, comme à Mailhac ou Azillanet, en est un témoin fort.

…aux nombreuses conséquences
> réduction drastique de la fertilité naturelle des sols: sans humus, la minéralisation de matière organique et la libération naturelle d’éléments nutritifs sont faibles.
Les plantes ont alors du mal à se nourrir correctement sans apport extérieur régulier sous forme très assimilable, alors même que ces formes très assimilables sont celles qui fragilisent le plus la santé des plantes et réduisent la qualité des aliments produits.
> Par manque d’activité biologique, certains éléments chimiques se trouvent même largement indisponibles pour les cultures alors qu’ils sont présents dans les sols.

 et au delà d’un simple problème de fertilité :
>
affaiblissement immunitaire du végétal cultivé
> terrain favorable aux ravageurs et maladies par manque d’activité biologique antagoniste dans les sols et sur le végétal (champignons antagonistes aux maladies, insectes auxiliaires aux ravageurs).
> mauvaise infiltration de l’eau de pluie et excès de ruissellement lors d’épisodes pluvieux intenses en sol mal structuré à mauvaise recharge hivernale des sols et fragilité accrue des cultures face à la sécheresse.

Revitalisation des sols par les engrais verts

Tout cela montre pourquoi la transition écologique de l’agriculture sur un territoire et la conversion à l’agriculture biologique des fermes ne peut faire l’économie d’une réflexion de fond sur cette question. Les fermes de Chemin Cueillant, même si leur activité se base souvent sur la valorisation d’une viticulture de qualité à bas rendement, et par conséquent peu gourmande en fertilisation, n’y échappent pas. Même dans ce cas, un réajustement s’impose en vue d’applications adaptées localement à la diversité des conditions pédoclimatiques, des structures d’exploitations, et des moyens que chacun peut mettre en œuvre en vue d’y répondre.

Formation

Février 2012: formation avec Michel Barbaud, agronome qui a développé une méthode de revitalisation des sols, organisée par les paysans de Chemin Cueillant avec l’aide du Civam bio 34 a permis de réunir une vingtaine de producteurs.

Méthode présentée: apport de matière organique compostée riche en lignine pour former un humus stable.
Ressource: broyat de déchets verts de déchetterie ou de résidus d’exploitation forestière + préparations microbiennes à base de levain lacto-fermenté pour un ensemencement en champignons facilitant les processus d’aggradation de l’humus du sol par ce compost, tout en permettant une bonne alimentation des plantes sur le court terme.

Mise en culture d’engrais verts dans les fermes de Chemin Cueillant

Difficultés d’approvisionnement en matière organique à apporter directement aux sols et coût d’une telle démarche :
 Mise en culture d’engrais verts pour les trois fermes initiales de Chemin Cueillant à Gimios, Mailhac et Azillanet. Quelques parcelles ensemencées à l’automne/hiver 2010 en diverses cultures améliorantes :
seigle sur une parcelle d’oliviers à Gimios,
féverole entre certaines vignes à Azillanet,
association de vesce et d’avoine à Mailhac.

Difficulté à se fournir en semences biologiques à un prix abordable :
 Mise à profit des cycles naturels de plantes adventices (abondantes suite à un climat favorable): fausse-roquette, folle-avoine .
Le choix d’attendre le dernier moment pour détruire ces dernières a permis d’apporter aux sols un maximum de matière organique.

En 2011 et 2012, des semis plus conséquents ont pu être réalisés à l’automne :
méteils (mélanges) associant avoine et vesce, avec parfois aussi de l’orge et de la féverole;
mélanges plus complexes incluant phacélie et moutarde pour mieux décompacter les sols.

 >  Recherche et contacts avec des paysans locaux capables de les produire,

> Recherche de variétés populations adaptées pour être reproduites sans dégénérescence.

L’automne 2013 ayant été peu favorable au semis d’engrais verts, peu ont été effectués cette année-là malgré le fait qu’une commande groupée de semences ait été proposée, incluant pour la première fois une variété intéressante de féverole fournie par un paysan du Tarn et Garonne, et que nous souhaiterions faire multiplier par un céréalier local. La féverole semble être une plante maîtresse qui permettrait de gérer le retour à une bonne fertilité du sol.

› Zoom sur les engrais verts

Fin 2013, nous avons pu proposer aux paysans de Chemin Cueillant une synthèse de ce travail, à travers une soirée d’échange sur la question et la distribution d’un petit document de synthèse.

Formation sur l’enherbement permanent de la vigne

BEDE a également participé à une formation organisée en décembre par la fédération des CIVAMs Languedoc-Roussillon sur le thème de l’enherbement permanent de la vigne, où le CIVAM LR a également fait intervenir Xavier Delpuech de l’IFVV (Institut Français de la Vigne et du Vin). Cette journée à laquelle ont participé plusieurs paysans de Chemin Cueillant, a permis la visite de parcelles en enherbement permanent dans les Corbières, mais aussi de parcelles de membres de Chemin Cueillant avec des engrais verts semés à l’automne.