Participation de BEDE au projet CoEx : “Gouvernance adaptative des stratégies de gestion de la diversité cultivée”

Ce projet de recherche, soutenu par la Fondation Agropolis et coordonné par le CIRAD, couvre plusieurs pays (France, Sénégal, Mali, Burkina, Niger) et se déroulera sur trois années, de 2017 à 2019.

Le projet CoEx a pour ambition d’améliorer la compréhension de l’inadéquation entre les politiques et les lois sur les ressources et les pratiques de gestion de la diversité des cultures. Il vise par ailleurs à proposer des mécanismes de gouvernance novateurs qui tiennent mieux compte de la diversité des pratiques de gestion de la diversité cultivée. Pour cela, sur la base d’un partenariat multi-acteurs et d’une approche multi-niveaux, il va s’attacher à décrire la diversité des politiques, des mécanismes institutionnels et des perceptions des acteurs concernés ; à documenter, à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, la diversité des sources de semences des agriculteurs et à alimenter une réflexion institutionnelle sur les liens entre les politiques et les pratiques à l’échelle des institutions de recherche.
(Éléments de présentation du projet issus du résumé de la présentation publique qui a été faite du projet CoEx au CIRAD le 18 avril 2017)

Implication de BEDE dans le projet CoEx

Cohérence et continuité avec les actions précédentes pour la promotion des méthodes de recherche collaborative sur des projets construits à partir des préoccupations des communautés paysannes

Notre association travaille depuis plus d’une vingtaine d’années sur la gestion de la diversité cultivée du point de vue des paysans et de la souveraineté alimentaire. Elle interroge la recherche agronomique sur ses orientations, en dénonçant celles qui fragilisent les systèmes semenciers autonomes des collectivités paysannes (promotion des hybrides, OGM, propriété industrielle sur le vivant) ou qui sont élaborées sans concertation, ni implication réelle et continue des principaux intéressés. Dans le même temps BEDE construit des ponts entre des organisations paysannes et des chercheur.e.s des institutions publiques de plusieurs pays (Algérie, Bénin, France, Mali, Sénégal) pour avancer dans des méthodes de recherche collaboratives sur des projets construits à partir des priorités des agriculteurs. Le projet «  Laboratoires Hors Murs pour l’agrobiodiversité », co-construit avec deux Unités mixtes de recherche d’Agropolis (Innovation et CEFE) sur la base des collaborations anciennes de BEDE autour des priorités de collectifs paysans de France, d’Algérie et du Bénin, a obtenu un soutien de la Fondation Agropolis de 2013 à 2015, et se poursuit selon diverses formes dans chacun des pays.

Une implication dans un projet de recherche avec et pour les paysans

BEDE a participé aux différentes étapes de la construction du projet CoEx coordonné par une équipe du CIRAD (Unité Mixte de Recherche AGAP).

BEDE a été assurée de la participation de réseaux d’organisations de producteurs de semences paysannes, de France (RSP) et d’Afrique de l’ouest (Association sénégalaise des producteurs de semences paysannes (ASPSP), Sénégal et Fédération Moreeben Niger) avec qui elle collabore pour certaines d’entre elles depuis plus de 15 années. Avec ces organisations paysannes, nous avons montré notre intérêt à un partenariat dans ce projet de recherche en tant que « parties prenantes » pour conforter la gestion dynamique de la biodiversité cultivée à la ferme, l’autonomie semencière et les droits des agriculteurs. Nos organisations espèrent ainsi approfondir avec les chercheurs du consortium mis en place, venant de différentes spécialités, les articulations possibles entre les systèmes semenciers paysans et le système institutionnel de collecte, évaluation et conservation des ressources génétiques ex-situ, ainsi que les conditions de leur utilisation dans des programmes de sélection et la diffusion de variétés homologuées dans des cadres réglementaires internationaux.

Comme pour tous les projets de recherche auxquels les organisations paysannes sont invitées, une participation active à l’ensemble du processus a été convenue. BEDE participe ainsi au Comité de pilotage, et à la co-animation d’un des trois volets du projet qui concerne spécifiquement la « Co-construction d’un cadre organisationnel pour une coexistence des pratiques de gestion de la diversité cultivée ».

Compétences que BEDE met à disposition du projet

BEDE travaille dans le domaine des systèmes semenciers paysans et du dialogue entre les savoirs paysans et chercheurs depuis des années. Elle est membre du Réseau semences paysannes (RSP) français et elle accompagne des organisations paysannes en Afrique de l’ouest et notamment au Sénégal, Mali, Togo, Bénin, Burkina, Niger avec une coordination permanente à Ségou (Mali). Récemment, BEDE a participé à produire des études critiques sur les cadres juridiques et réglementaires au Mali (avec IRPAD en 2016) et au Niger (avec Swissaid en février 2017), et termine une étude sur l’impact de l’UPOV sur le système semencier des pays de l’OAPI (janvier 2018),   dont les résultats apportent des contributions concrètes à certaines interrogations du projet.

En 2016 et 2017, BEDE a construit et accompagné au Mali, en partenariat avec l’Institut de recherche de promotion des alternatives de développement en Afrique (IRPAD), un processus de concertation national autour des cadres normatifs qui régissent les semences et la place des droits des agriculteurs. Ce processus appelé « Semences, Normes et Paysans » (SNP) permet à des centaines de paysans et paysannes du Mali de s’informer sur les nouveaux cadres législatifs et réglementaires régionaux de la CEDEAO (Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest) et de l’OAPI (Organisation africaine de la propriété intellectuelle). Les organisations paysannes mieux informées discutent avec les institutions sur la place « oubliée »des systèmes semenciers traditionnelles et paysannes qui occupent les deux tiers des systèmes agricoles du pays. Le processus SNP conduit au Mali peut servir de référence aux autres pays de la région.

BEDE peut ainsi apporter au projet CoEx à la fois des compétence sur le fond et sur la méthode. Elle pourra soutenir la participation des organisations paysannes dans ce projet de recherche, et apprendre de l’interdisciplinarité qu’il offre.

Diffuser le processus malien de concertation sur les semences, SNP

BEDE a participé à l’atelier de présentation et de discussion des résultats du processus de recherche sur la “Transformation des systèmes semenciers et l’accaparement des ressources génétiques au Burkina Faso et en Afrique de l’ouest” mené par le Réseau mondial pour le droit à l’alimentation et à la nutrition et la Convergence Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau – Afrique de l’Ouest (CGLTE-AO). BEDE a pu y présenter les résultats du processus Semences Normes et Paysans (SNP) au Mali, et aider à construire un espace de dialogue avec la recherche sur la gestion des ressources génétiques et les droits des agriculteurs. > En savoir plus