Expérimentations paysannes sur la culture du niébé en agroécologie paysanne au Bénin, en collaboration avec un chercheur entomologiste malien


Belles gousses de haricot niébé

Gousses de haricot niébé attaquées

La culture du niébé en agroécologie paysanne repose, comme pour toute culture en agroécologie paysanne, sur la sélection et la conservation des semences, les cultures associées, les traitements naturels, etc. 

Or cette plante vivrière de première importance pour l’équilibre alimentaire en Afrique de l’Ouest est victime d’attaques de ravageurs qui compromettent les récoltes. 

La gestion biologique des ravageurs du niébé est donc une priorité en Afrique de l’Ouest et constitue la principale préoccupation des producteurs en agroécologie pour plusieurs raisons :

  • le niébé est une culture vivrière qui peut aider à répondre à plusieurs enjeux de malnutrition. Il représente une source de protéines. Il est donc un moyen de lutte contre les carences protéiques des populations notamment rurales.
  • Le niébé est une légumineuse majeure, centrale pour l’équilibre des sols et la nourriture quotidienne des ménages des différentes catégories socio-économiques.
  • L’incidence des ravageurs sur les cultures augmente et les traitements insecticides sont inefficaces, toxiques pour la santé et coûteux, entrainant les agriculteurs dans un cycle d’endettement.
  • Les solutions biotechnologiques OGM Bt qui ont déstructuré et appauvri les producteurs de coton au Burkina sont en cours de test sur le niébé dans au moins trois pays de la région (Burkina, Ghana, Nigeria) et la dissémination commerciale des niébés génétiquement modifiés est annoncée pour 2018.

Au Bénin, dans la région de Djougou, afin de trouver de vraies solutions durables, ORAD et la ferme-école Tchaoun Fora (voir les encadrés ci-dessous) expérimentent depuis plusieurs années avec les paysans et l’appui d’un chercheur universitaire malien, le Professeur Amadou Coulibaly, agroécologiste et entomologiste à l’IPR/IFRA de Katibougou, (Koulikoro – Mali), la culture du niébé en agroécologie paysanne. Cette gestion allie les bonnes pratiques de culture, de sélection et de gestion de la diversité des variétés locales de niébé et l’utilisation de biopesticides. La contribution de BEDE s’inscrit dans la continuité du dispositif de recherche collaborative des Laboratoires Hors Murs pour l’agrobiodiversité (LHM) initié en 2013 avec ORAD (Pour en savoir plus : > Fiche de synthèse du programme LHM entrepris avec l’ORAD au Bénin, 2015)

En juillet 2017, une formation pour renforcer le dispositif de recherche action sur la culture du niébé en agroécologie paysanne a été animée par le Professeur Coulibaly. La formation a réuni 17 participants dont plusieurs relais animateurs paysans de Béo-neere, APAD, AIDMR du Burkina Faso avec l’appui de Terre et Humanisme. > Pour en savoir plus

En octobre 2017, une mission de suivi évaluation a été effectuée par le Pr Coulibaly avec l’équipe d’ORAD pour constater les difficultés rencontrées et les résultats en cours. La mise en place tardive du dispositif laisse paraître des résultats partiels.

En juillet 2018 : > Poursuite du programme de recherche action paysanne sur la culture du niébé en agroécologie paysanne (3-7 juillet 2018)

La ferme de Tchaoun Fora

En avril 2017, la ferme de Tchaoun Fora a renforcé ses capacités d’accueil pour les formations et la transmission de l’agroécologie paysanne. Un bâtiment d’hébergement avec trois chambres et des toilettes a été construit. Un puits profond pour équiper la ferme de formation d’un accès à l’eau potable a été creusé. Un mission d’accompagnement d’un consultant paysan membre du CA de BEDE a également permis d’élaborer les perspectives de formation. Une plaquette de présentation de la ferme a été conçue avec BEDE pour la faire connaître comme lieu d’accueil et de formation pour la transmission de l’agroécologie paysanne.

L’ORAD : Organisation des Ruraux pour une Agriculture durable

En 2009, Bede organise avec l’ASPSP (Association Sénégalaise des Producteurs de Semences paysannes), la caravane des semences paysannes au Sénégal et la Foire des semences paysannes de Djimini (Sénégal), et d’intenses échanges ont eu lieu avec des paysans et des paysannes sur l’intérêt ou non des semences améliorées en Afrique de l’Ouest. (Voir la publication en ligne “La variétés améliorées ne sont pas toujours les meilleures : la recherche agricole à l’épreuve de l’évaluation paysanne en Afrique de l’Ouest, BEDE, 2009). C’est là qu’Omer Agoligan, alors producteur de semences de maïs en agriculture chimique, découvre qu’il est, lui aussi, comme tous les agriculteurs, victime des multinationales de la chimie et des semences qui bénéficient de la complicité des gouvernements.
Dès lors, alors qu’il avait jusqu’ici promu la culture du coton, Omer se lance dans le combat pour l’agroécologie et les semences paysannes. Il crée l’ORAD (Organisation des Ruraux pour une Agriculture Durable). Ses premières actions concernent la formation au compostage, mais il développe aussi au sein des villages l’idée de s’organiser autour de la biodiversité. Les activités qu’il développe localement sont accueillies favorablement, si bien que début 2013, avec les villageois et un petit soutien de Bede, un grenier traditionnel collectif est construit.

Du grenier traditionnel à la case de semences
Le grenier reçoit les échantillons des semences cultivées dans le village. Un comité de suivi est créé, dont l’imam est le responsable, il gère les entrées, les sorties et la conservation des semences. Chaque paysan a à charge la culture et la conservation d’au moins une variété traditionnelle. Le CA de l’ORAD veille en particulier à l’origine, la qualité, les risques de pollution par hybrides ou OGM des nouvelles variétés introduites dans le groupe. Un règlement intérieur de gestion du grenier est en cours d’élaboration. Un jardin collectif a pu voir le jour, chaque membre disposant d’une parcelle devant cultiver une à deux variétés locales rares pour la semence.
Après plusieurs années, considérant certaines difficultés, les membres les plus motivés s’organisent pour maintenir la diversité des semences à leur niveau. La ferme de formation Tchaoun Fora devrait renforcer son équipement pour une case de semences paysannes de référence notamment pour le niébé.

Pour en savoir plus sur l’Organisation des ruraux pour une agriculture durable (ORAD) et son co-fondateur Omer Agoligan, lire le témoignage de ce dernier dans le Journal de la 3ème foire sous-régionale ouest-africaine des semences paysannes (2011), p 9.
Voir aussi la vidéo réalisée par Anne Berson – Déna:  La ferme de Tchaoun Fora pour transmettre l’agroécologie au Bénin. Entretien avec Omer Agoligan de la ferme de Tchaoun Fora, président de l’association des ruraux pour l’agriculture durable (ORAD). (Bénin, novembre 2016) / 6:31.