DARE (Democratizing Agricultural Research in Europe / Démocratiser la recherche en Europe) *
Contexte du programme DARE

Le programme européen de partenariat GRUNDTVIG offre un appui pour aider la mobilité de membres d’organisations souhaitant développer des partenariats. A l’initiative de la Fondation italienne pour la recherche en agriculture biologique et biodynamique (FIRAB) et du Centre pour l’Agro-écologie, l’eau et la résilience (CAWR) de Coventry (Grande- Bretagne), un projet de mise en lien d’expériences a été soumis à BEDE et à la Fédération romande d’agriculture contractuelle de proximité (FRACP), et finalement accepté à la fin de l’année 2013. L’objectif du projet DARE est d’instaurer un premier réseau européen multi-acteurs (paysans, activistes, chercheurs) d’échanges d’expériences sur l’innovation paysanne et la recherche collaborative en agriculture en Europe. Le projet se déroulera jusqu’en juillet 2015 avec l’organisation de 4 rencontres (une par pays) ; il offre au total 12 mobilités par pays.

DARE dans le dispositif des Laboratoires Hors Murs de BEDE

La collaboration de BEDE au programme DARE s’inscrit dans la réflexion des Laboratoires Hors Murs (LHM). Les échanges avec les partenaires européens de DARE élargissent la vision initiale des Laboratoires Hors Murs et apportent de nouveaux éléments de méthodes qui renforceront les résultats des prochains ateliers.

Première rencontre DARE à Rome en février 2014

La rencontre de lancement organisée par FIRAB à Rome du 1er au 3 février 2014 a réuni une vingtaine de personnes des quatre pays. Les délégations affichaient une relative mixité (genre et type d’acteur), même si les femmes et les paysans/nes étaient sous-représentés. Les principaux résultats des discussions de cette première rencontre à Rome confirment que :

  • Le centre du projet DARE est occupé par la nécessité de conforter les agricultures paysannes. Plusieurs choses les caractérisent et notamment les termes suivants : agro-écologie, agro-biodiversité, souveraineté alimentaire, systèmes de productions et de transmission de connaissances, droits des communautés locales.
  • La démocratisation de la recherche pour soutenir ces agricultures paysannes se décline de trois manières :
    1. Privilégier la production de connaissances locales à travers les échanges de pair à pair et la constitution de réseaux entre paysans innovants (transmission horizontale).
    2. Elaborer la construction d’espaces sécurisés pour permettre l’échange interculturel entre paysans et chercheurs, métissage des savoirs et la formulation de recherches collaboratives orientées vers l’action.
    3. Associer les citoyens de manière active et participative à la définition d’un système alimentaire compatible avec une agro-écologie paysanne et à sa mise en œuvre.
Deuxième rencontre DARE en France en juillet 2014

Démocratiser la recherche c’est s’interroger sur la transmission de savoirs, les types d’apprentissages, les formes d’engagements, c’est aussi s’interroger sur nos postures, sur les formes de reconnaissances des savoirs produits par cette recherche qui n’est pas portée que par des scientifiques. Dans cette perspective BEDE a réalisé une consultation des acteurs de terrain engagés dans sa région pour proposer le cadre et le sujet des échanges, comme le Réseau semences paysannes, le Collectif pour une agro-écologie paysanne, Nature et Progrès, la Confédération paysanne, l’Association des Marchés paysans de l’Hérault et d’autres groupes locaux comme l’Association des éleveurs et vétérinaires du Millévois Larzac (AVEM) et le Collectif des semeurs du Lodévois-Larzac.

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La deuxième rencontre DARE s’est déroulée en Languedoc-Roussillon les 7 et 8 juillet 2014 avec douze personnes venues de Grande Bretagne, Italie, Suisse et un nombre équivalent d’encadrants et intervenants locaux. Les participants ont pu rencontrer des groupes qui animent certaines des initiatives en agroécologie paysanne nombreuses dans la région, comme les Semeurs du Lodévois Larzac l’Association des éleveurs et vétérinaires du Millévois Larzac, et discuter avec eux des situations et problématiques spécifiques à la recherche appliquée et collaborative : sélection participative de plantes fourragères, partenariat d’innovation, enjeux du foncier, gestion des ressources génétiques, conservation – sélection – adaptation de tomates à la sécheresse, circuits courts – marchés paysans, boutiques de producteurs. Les échanges ont permis de faire ressortir une meilleure définition des conditions d’engagement des chercheurs dans des dispositifs d’action et de réflexion avec des agriculteurs, l’intérêt et la force des alliances paysans-chercheurs-consommateurs, ainsi que la nécessité que les chercheurs participent à la transformation de leurs institutions dans ce sens.

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› Voir aussi la fiche de synthèse de l’atelier des Laboratoires Hors Murs : “Démocratiser la recherche agricole en Lodévois-Larzac”.

Troisième rencontre DARE en Suisse romande en février 2015

Les visites et ateliers ont été organisés par la Fédération Romande d’Agriculture Contractuelle de Proximité (FRACP) en lien avec Uniterre, syndicat paysan membre de Via Campesina. En Suisse, l’agriculture est sous contrôle de l’État et de grandes firmes depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Dans les années 90, la logique néolibérale, dans un contexte de libre échange avec l’UE, a entraîné un découplage entre production et commercialisation d’où une chute des prix de toutes les denrées alimentaires, la déconnection des prix des produits de leur coût réel, et un fort exode: aujourd’hui en Suisse  trois fermes disparaissent chaque jour. Les citadins suisses sont en général persuadés que leur pays est peuplé de fermes familiales mais, même si effectivement il présente géographiquement tous les atouts pour une agriculture de proximité, celle-ci reçoit un soutien très insuffisant de la part de l’État. Pour le développement d’une agriculture paysanne de proximité, les Suisses n’échappent pas aux deux difficultés fondamentales que sont l’accès à la terre et l’installation des jeunes, thèmes récurrents dans les échanges du DARE. La vente directe  que développe la FRACP en Suisse Romande émerge d’une volonté citoyenne face au monopole de 4 firmes qui rachètent toute la production et la commercialisent. Elle a commencé à se développer à partir des années 90 et on compte aujourd’hui 45 ACP en Suisse, qui concernent environ 12000 ménages. Les discussions ont eu pour cadres agricoles les Jardins des Charrotons et les Jardins de Cocagne (première initiative de jardin coopératif en 1978 avec les consommateurs en Suisse et plus largement en Europe) à Genève et dans les environs ainsi que l’atelier Rage de vert à Neuchâtel. Une session de réflexion plus intense à Fribourg a permis de poser les bases d’un Manifeste, qui seront développées avec les dernières rencontres de DARE en juillet 2015 dans le Devon en Angleterre.

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Quatrième rencontre DARE en Angleterre (Devon) fin juin-début juillet 2015

(à partir de la traduction du compte-rendu en anglais sur le site de Agroecology Now)
Du 29 juin au 2 juillet, un groupe motivé et enthousiaste d’agriculteurs et de chercheurs venus de toute l’Europe s’est réuni à Monkton Wyld Court, un centre d’éducation durable pour une vie durable situé dans le Dorset, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Ce fut la 4ème et dernière rencontre de la série d’échanges européens pour discuter de la mise en œuvre d’une approche qui remettrait la recherche et les politiques agricoles entre les mains de ceux qui sont directement concernés : les agriculteurs. Le rassemblement a été organisé conjointement par le Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience (CAWR) à l’Université de Coventry et  la Land Workers’ Alliance (l’Alliance des Travailleurs de la terre).
Le thème de la rencontre était centré autour de l’innovation dans l’agriculture à petite échelle. Le groupe a entendu une intervention de Simon Fairlie à Monkton Wyld Court sur l’effondrement de la laiterie à petite échelle et les résultats de ses recherches pour la faire fonctionner. Simon a présenté son budget montrant la viabilité de sa micro-unité de production de produits laitiers dans laquelle lui, Gill Barron et de nombreux aides font les foins avec une faux pour  l’alimentation de leurs bêtes, transforment les produits et les vendent directement sur un marché garanti. Jyoti Fernandes a parlé de l’installation coopérative de traitement de Fivepenny Farm, qui a considérablement renforcé la viabilité et la rentabilité de nombreuses petites et micro entreprises dans la région. Le groupe a visité Tinkers Bubble, et découvert ce projet «incubateur» à travers les témoignages de plusieurs de leurs accompagnateurs qui ont tiré une grande inspiration des périodes où ils y ont vécu. La dernière visite a emmené le groupe à Chagfood discuter avec Ed Hamer qui a parlé de sa pratique de la culture attelée avec les chevaux et des expériences de partage des innovations à travers le réseau FarmHack.
Les visites ont suscité des discussions intéressantes sur la nature de l’innovation agricole. La visite à Tinkers Bubble a fait retrouver à certains des délégués européens une forme de paysannerie qu’ils avaient peut-être oubliée. L’innovation étant généralement considérée comme ayant pour objectif de maximiser les rendements, les questions soulevées ont porté sur le sens de l’innovation à la fois du point de vue des membres du groupe et de celui de la communauté agricole au sens large. Le groupe a discuté des obstacles que rencontre l’innovation/recherche conduite par les agriculteurs et comment des liens  plus étroits entre les agriculteurs et les chercheurs pourraient les surmonter, en mettant des ressources à disposition des agriculteurs pour entreprendre des recherches sur leurs terres.
Un résultat clé de la rencontre a été l’élaboration d’une nouvelle version du Manifeste, sous forme de texte et de vidéo, pour la défense d’une recherche agricole démocratique en Europe.
Le rassemblement s’est achevé dans le plus pur style Land Workers’Alliance avec un ceilidh (réunion festive et danse).
L’innovation dans l’agriculture à petite échelle et un vaste sujet et s’étend à de nombreux domaines, non seulement pour la production de nourriture, mais aussi parce qu’elle peut créer des moyens de subsistance nourrissants et satisfaisants pour un grand nombre de personnes.

DARE 4 UK 062015 paysanne dans champsDARE 4 UK 062015 cochonsDARE 4 UK 062015 dans champs
DARE 4 UK 062015 Michel Pimbert PlénièreDARE 4 UK 062015 groupe autour de couple fermiers vache et veauDARE 4 UK 062015 mains outil dans terre
DARE 4 UK 062015 Interview Marie GiraudDARE 4 UK 062015 désherbageDARE 4 UK 062015 Joty avec sa vache 1
Manifeste de DARE (en anglais)

 *Dare signifie “oser” en anglais, d’où un jeu de mots, malheureusement non transposable en français : “Oser” cette proposition de faire évoluer les habitudes des institutions de recherche, en particulier pour les chercheurs, et les ouvrir, par exemple en matière de recherche agricole, aux demandes précises des paysans.

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