La véritable nature d’une semence paysanne

Lorsqu’on parle de ‘semence paysanne’ il faut distinguer deux choses :

la semence paysanne issue d’une variété locale et renouvelée comme un patrimoine collectif ;
et la semence paysanne qui est une variété issue de la sélection dans une station de recherche et reproduite dans les champs de paysans.

Pourquoi ?

D’une part parce qu’il y a une différence de nature. Aujourd’hui les sélections de la recherche poussent de plus en plus vers l’obtention d’hybrides, de lignées pures ou même d’OGM. Il existe beaucoup de biotechnologies dans les sélections actuelles, que ce soit la transgénèse, le sauvetage d’embryon, la fusion de protoplastes ou encore la mutagénèse qui sont toutes des techniques de laboratoire. Les variétés issues de ces technologies ne sont pas toujours qualifiées de “génétiquement modifiées”, mais elles ne sont ni “naturelles” ni à la portée du paysan.

D’autre part, parce qu’elles n’ont pas le même statut juridique. La recherche publique n’a plus les moyens de soutenir des programmes autonomes et les sélections se font en partenariat avec le secteur privé. Et sur chaque variété sortie d’un laboratoire privé, il y a un droit de propriété intellectuelle (brevet, certificat d’obtention ou droit de marque) qui limite les droits des paysans à ressemer leur récolte sans verser de royalties. Et le risque aujourd’hui est qu’on confonde ces semences de variétés de la recherche que les paysans semenciers multiplient comme le voudrait le système officiel et qu’on les appelle “semences paysannes” sous prétexte qu’elles ont été multipliées dans les champs de paysans, alors qu’elles sont d’une nature différente et ont un statut différent de celui des semences paysannes qui sont elles issues de variétés locales et de la sélection paysanne avec un statut de droit collectif.

photo oignons en fleur