Etre végane dans une société carniste

Etre végane dans une société carniste
cecile du blog bede asso

Cecile – Rédactrice pour le blog

Voila 3 années que j’ai décidé de mettre mon énergie pour la protection de la planète. J’ai rejoins l’équipe de bede-asso.org afin de partager des conseils et astuces sur divers sujets de société. N’hésitez pas à me laisser des commentaires ou à m’adresser un mail afin d’échanger ensemble. 

 
Sommaire de l'article

J’ai été végane pendant 1 an environ. Aujourd’hui je ne le suis plus mais je laisse cet article en ligne. Parler de régime alimentaire ou d’alimentation est toujours délicat, surtout quand il s’agit de viande (et du fait de ne pas en manger). C’est un sujet sensible pour beaucoup de personnes.

Comment je suis devenue végane

Avant d’aller plus loin, je vais vous faire un petit récap de ma transition vers le végétalisme. En 2014 je suis devenue végétarienne du jour au lendemain après avoir vu et lu des documentaires sur l’exploitation animale. Je suis rentrée un soir à la maison et j’ai annoncé à mes parents (médusés) que je ne mangerai plus jamais au grand jamais de la viande.

Au bout de quelques mois cependant, j’ai basculé vers le flexitarisme. C’est une appellation que s’attribuent les semi-végétariens pour se donner bonne conscience. En clair, c’est du végétarisme à temps partiel. Un coup je mange de la viande, un coup je n’en mange pas. Puis, en 2016, j’ai effectué un virage à 180° pour devenir végétalienne (et par extension végane).

Je suis végane mais je ne suis pas heureuse

Quand j’ai commencé à me revendiquer végétarienne puis végétalienne, je me suis mise moi-même dans une case. Je ne me suis pas laissée le temps d’apprivoiser ce nouveau mode de vie. En fait, je me le suis imposé à moi-même et à mon entourage. Aujourd’hui, je me sens prisonnière de cette case. Il est extrêmement difficile de sortir d’une case, a fortiori celle que vous avez vous-même créée. En clair, je me sens coincée dans mon véganisme et je ne suis pas heureuse avec mon assiette.

Cependant, le simple fait d’imaginer redevenir végétarienne, voire carniste, me remplie de honte et de culpabilité. D’une part parce que ce serait l’aveu flagrant d’un échec, et d’autre part parce que serait incohérent avec mes convictions et ma logique (le besoin viscéral de contrôle, vous vous rappelez ?).

J’admire et j’envie les véganes heureux, ceux qui vivent leur véganisme avec une apparente facilité. Ophélie, Natasha, Gwendoline ou encore Aurélia semblent toutes épanouies. Et que dire que Jihem Doe, Gurren Végan, Sebastien Kardinal et Laura Vegan Power ? Ces noms ne vous disent peut-être rien mais pour moi ce sont des modèles, des exemples à suivre. Quand on les écoute, quand on les lit, le végétalisme semble tellement simple et naturel. Ce n’est pas le cas pour moi

Convictions et volonté

Entendez-nous bien : même si j’ai parfois du mal à répondre à la question “pourquoi es-tu végane”, je n’ai aucun doute sur mes convictions profondes. Je suis, et je reste persuadée du bien fondé de cette démarche. Je suis convaincue qu’il est immoral et injuste d’exploiter, torturer et tuer des animaux pour manger, nous vêtir, nous soigner et nous divertir. Je vous en parlais récemment à propos du livre Planète végane de Ophélie Veron, mes convictions sont intactes. Quoique pour être totalement honnête, certains aspects du véganisme me touchent plus que d’autres.

Alors que je boycotte farouchement les divertissements et la fabrication de vêtements incluant l’exploitation des animaux, les cosmétiques me posent étrangement moins de problèmes moraux. Même si je trouve ça abominable ce que l’on fait subir aux animaux, je n’ai pas le réflexe ou la patience de vérifier chaque produit de beauté. J’ai honte de l’avouer mais je suis végane un peu quand ça m’arrange (là j’entends la police végane qui commence à défoncer ma porte d’entrée).

La difficulté d’appréhender l’ampleur du massacre

Je voudrais aussi évoquer les milliards d’animaux tués chaque année. Qui peut vraiment visualiser et se représenter une telle chose ? C’est comme les victimes de la guerre ou des attentats. Une photo, un témoignage peut nous marquer, nous émouvoir. Mais la masse des victimes est difficilement concevable. Ce n’est pas pour rien que les transports de bêtes, les élevages et les abattoirs sont dissimulés à notre regard. Il faut une force morale incroyable et les nerfs bien accrochés pour appréhender cette réalité, pour réussir à changer ses habitudes et à vaincre ses certitudes sur la simple pensée de ces victimes. Malheureusement, je ne suis pas certaine d’y arriver. Parfois, ça me semble trop loin et trop abstrait pour que je parvienne à m’y raccrocher.

Végétalisme et relations sociales

J’adore la nourriture végétalienne. J’aime cuisiner et manger végétalien… à la maison. Dans le cocon protecteur de mon foyer, je mange sans problème mes plats sans produits animaux. Le fromage, la viande ou les oeufs ne me manquent pas au quotidien. J’ai de nombreux livres de cuisine et des tonnes d’idées de repas. J’ai d’ailleurs partagé quelques recettes avec vous sur le blog bio.

Mais mon problème, c’est d’être végane en dehors de chez moi. J’ai changé mes habitudes alimentaires du jour au lendemain, peut-être trop brutalement. Au début, je comptabilisais des “joker” quand je faisais un écart et je culpabilisais à mort de chaque entorse à la règle. Et quand vous lisez des textes, soit-disant fondateurs du véganisme, qui disent que ceux qui mangent des animaux sont des charognards dénués de sensibilité, qu’ils n’ont pas de coeur, sont des cons, des hyprocrites et j’en passe, ça n’aide pas vraiment.

L’autre jour je suis tombée sur la fameuse citation de Lamartine “on n’a pas un coeur pour les humains et un autre pour les animaux, on a un coeur ou on n’en a pas”, franchement ça te met une bonne claque dans la tronche. Je trouve ça réducteur de résumer les choses ainsi. Je pense pas qu’il y ait d’un côté les gentils véganes et de l’autre les méchants carnistes. Je ne pense pas que le véganisme soit seulement une affaire de volonté (auquel cas je manque cruellement de volonté et ça n’améliore pas mon estime de moi cette histoire).

Être la seule végane de la famille

Ces dernières semaines c’est devenu de plus en plus compliqué pour moi d’assumer mes choix et mon mode de vie. J’ai fait de plus en plus d’écarts. Il faut que vous sachiez que je suis la seule végane de ma famille et de ma belle-famille. Aucun de mes amis n’est végane. Il y a bien  deux végétariennes dans mon entourage (dont ma mère) et certaines personnes ont diminué leur consommation de viande mais aucune qui partage à 100% mes convictions.  Je ne vais pas vous mentir : je vis très mal cette situation. C’est dur pour moi d’assister à des repas de famille ou de sortir car je vais devoir manger à la même table que des carnistes. Tout d’abord, cela me fait de la peine de voir les produits animaux. Et surtout, cela me pèse de manger différemment.

Il est impensable actuellement que ma famille ou ma belle-famille fasse un repas entièrement végétalien parce que je suis invitée. Quand j’ai posé la question, on m’a répondu que :

  1.  je ne dois pas imposer mon régime alimentaire aux gens qui m’invitent car eux ils veulent manger ce dont ils ont envie
  2. ils font un “effort” pour manger végétalien quand ils sont chez moi donc je dois m’adapter à leur façon de manger quand je suis chez eux
  3. si je veux qu’on me fasse à manger végétalien, pourquoi est-ce que moi je ne cuisine pas de la viande quand ils viennent chez moi ?

Imaginez quelques minutes ce que ça fait de toujours manger autre chose que les autres, parfois une assiette préparée exprès, mais bien souvent vous devez amener votre nourriture. Combien de minutes solitaires j’ai passée seule face au micro-onde dans une cuisine qui n’est pas la mienne… Même quand l’ambiance est bonne, je me sens à part et exclue. Attention, ce ne sont pas les personnes qui m’excluent et tout le monde est adorable avec moi, mais je ne profite pas de ces moments “comme avant”. Les plats proposés me mettent dans un état très difficile à décrire : c’est une sorte d’attrait, de nostalgie, de dégoût, de répulsion et de tristesse. Tout cela fait que j’ai de moins en moins envie d’accepter les invitations.

Être végane en société

A Paris, on trouve assez facilement des restaurants véganes ou au moins avec des options végétariennes. En Province, ce n’est pas aussi simple. Quand on sort en amoureux ou entre amis, c’est une tannée de trouver un restaurant et le choix sur la carte reste très limité pour moi. Récemment, nous sommes allés en bord de mer avec mon copain. En résumé, soit on choisissait un restaurant de poisson (où j’avais très peu de chance de trouver quelque chose à manger), soit on trouvait un restau “cuisine du monde” ou une pizzeria (mais il devait renoncer au plateau de fruits de mer qui lui faisait envie). Dans les deux cas, l’un de nous deux serait déçu !

Alors oui, on peut appeler le restau avant, on peut demander uniquement des entrées ou un assortiment de légumes. Oui, c’est possible de manger végétalien au restaurant mais moi je ne trouve pas cela confortable, ni pratique, ni facile. Et une fois de plus le moment est un peu gâché par ces difficultés. Sans compter que lorsqu’on sort en groupe, je lorgne sur les assiettes des autres convives… Et je ne vous raconte pas toutes les fois où on devait trouver rapidement à manger (par exemple à 18h57 alors que le TGV part à 19h04) et qu’il n’y a aucun sandwich sans viande ni fromage dans la boulangerie de la gare…

Peut-on cesser d’être végane ?

J’utilise souvent la métaphore de la Matrice des films Matrix pour expliquer le véganisme : nous avons eu une sorte de révélation, nous avons pris la pilule rouge et nous sommes sortis du monde illusoire dans lequel nous avons grandis et où les autres personnes sont encore coincés. Et bien parfois, j’aimerais revenir dans la Matrice. J’aimerais ne plus savoir tout ce que je sais. Retrouver l’ignorance et l’insouciance parce que ce fardeau est trop lourd pour moi.

J’en ai discuté avec une amie qui m’a très justement dit :

Le fond du problème n’est pas que ça te manque de manger de l’animal, c’est que ce n’est pas simple d’être différente dans une société avec des habitudes de consommation qui ne sont pas les tiennes.

Aurélia (la Carotte Masquée)

Et dans un sens, elle a raison. Oui il m’arrive d’avoir envie de fromage ou de viande, mais en fait je suis surtout fatiguée de manger différemment. Je ne pensais pas dire ça un jour mais la conformité me manque. Vais-je rebasculer vers le végétarisme ou le flexitarisme ? Je ne sais pas. Quelque part, au fond de moi, je n’ai jamais été vraiment sûre de mon choix.

Contrairement à d’autres véganes, je n’ai jamais senti le besoin de me faire tatouer mon attachement à la condition animale. Je ne suis même pas une amoureuse des animaux (paradoxalement, mes convictions sont plus rationnelles qu’émotionnelles, d’où peut-être mes difficultés à les tenir). Et pourtant tatouer ne me fait pas peur. Je sentais toutefois confusément que cet acte irréversible scellait de façon irrémédiable un choix qui pouvait n’être qu’éphémère. Je n’ai pas envie de remanger comme avant, je n’ai surtout pas envie de donner raison à ceux qui ont dit et pensé que mon véganisme n’était qu’une lubie ou une passade, mais j’aimerais retrouver un peu de sérénité d’une façon ou d’une autre. Je ne suis pas invincible. Je suis faillible. Je suis faible. Je suis humaine.

P.S. :  Oui, je sais, de quelle sérénité puis-je parler quand des milliards d’être vivants se font massacrer… Si vous voulez poster un commentaire pour me dire que mes sentiments, mes excuses et mes émotions de pauvre petite chose fragile ne sont rien comparés à la souffrance des animaux ou que chaque écart enlève une vie, merci de vous abstenir. Je n’ai pas besoin de ça.

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